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Comité international de la Croix-Rouge
16-02-2007  Interview  
Guinée : "Les gens ont peur du vide et du chaos"
Georg Cunz, chef de délégation du CICR en Guinée, explique que l'organisation entend accroître sa présence dans le pays pour répondre aux besoins humanitaires nés des récents affrontements.

Quelles sont les conséquences humanitaires de la violence en Guinée ?

Les conséquences humanitaires de ces affrontements en Guinée sont lourdes : nous n'avons pas de chiffres précis pour l'instant mais d'après les témoignages que nous avons recueillis auprès de nos collègues de la Croix-Rouge guinéenne (CRG) et nos propres constatations, on peut parler de centaines de blessés, certains souffrant de graves blessures par balle, et des dizaines de morts un peu partout dans le pays. Rien que pour les journées de samedi et de dimanche, les volontaires de la CRG ont évacué plus de 400 blessés dans la capitale Conakry, dont plus de 200 ont été hospitalisés pour des blessures graves.

Beaucoup de personnes ont perdu la vie lors de confrontations avec les forces de l'ordre. En parallèle, des bâtiments publics, des banques, des résidences appartenant à des membres du gouvernement ou à des proches du pouvoir ainsi que des postes de police ont été saccagés et brûlés. On assiste aussi à des faits importants de pillage et à une augmentation d'actes purement criminels. L'insécurité est généralisée, les gens ont peur du vide et du chaos.

Également, l'armée effectue beaucoup de tirs de sommation pour faire respecter le couvre-feu et les balles perdues occasionnent pas mal de victimes, même si les tirs ne sont pas directs.

Immédiatement se pose le problème de l'accès aux soins, voire à la nourriture dans un pays complètement désorganisé et soumis à la violence. Il faut enfin parler de la douleur des familles affectées, et du fait que de nombreuses personnes vont restées invalides et marquées à vie par les événements.


Quelle a été la réaction du CICR ?

Nous avons pu faire beaucoup à Conakry et à Nzérékoré en Guinée forestière où nous sommes présents. Nous avons mis 14 véhicules CICR à la disposition de la Croix-Rouge guinéenne pour l'évacuation des blessés et le ramassage des cadavres dans la capitale. La CRG a déployé au plus fort de la violence près de 600 secouristes partout dans le pays qui ont prodigué les premiers soins et acheminer les blessés vers les structures adéquates.

Le CICR a également fourni des kits premiers soins pour blessés de guerre à trois hôpitaux de province et des kits de chirurgie aux hôpitaux universitaires de Conakry.

Enfin, nous avons maintenu notre programme nutritionnel d'urgence à la prison centrale de Conakry où de très nombreux cas de malnutrition sévère avaient été repérés avant les émeutes.


Pourquoi assiste-t-on à un déchaînement de violence aussi fort en Guinée ?

La tension monte depuis début 2006 avec la première grève nationale, puis la deuxième en juin, avec un accroissement régulier du nombre des victimes de la violence. La situation aujourd'hui est l'aboutissement d'un ras-le-bol de la population, des fonctionnaires, des salariés. La contestation sociale, au départ encadrée par les syndicats, s'est transformée en émeute. Le contrôle de la situation échappe à tout le monde et la répression est forte.


Comment la situation peut-elle évoluer ?

Pour l'instant, la situation est plus calme mais la CRG continue d'évacuer des blessés. La grève générale est maintenue, comme l'état de siège. L'arrêt quasi total de l'exportation des produits miniers et de l'activité du port de Conakry risquent aussi d'avoir des conséquences lourdes sur l'économie et le niveau de vie de la population.

On assiste à une timide reprise des négociations entre la société civile, les syndicats, les institutions religieuses d'une part, et les autorités républicaines comme l'Assemblée ou le Conseil économique et social, mais rien ne bouge vraiment. Peut-être que les Guinéens vont être sensibles aux pressions de la communauté internationale qui conditionne désormais son aide au respect des libertés fondamentales.


Le CICR va-t-il continuer ses opérations en Guinée ?

Bien sûr. Nous allons même renforcer nos programmes. Notre priorité est de rester opérationnel dans l'urgence, puis de faire un bilan en matière de protection de la population civile pour ensuite faire des interventions auprès des autorités militaires et politiques. Nous devons également vérifier quelles sont les conditions de détention des personnes arrêtées pendant les événements. Il faudra aussi résoudre le problème causé par la destruction de nombreuses prisons centrales par des émeutiers : les personnes qui seront arrêtées dans un futur proche vont être obligatoirement détenues dans des lieux totalement inadaptés. Et puis nous prévoyons d'augmenter les capacités de traitement d'urgence des blessés par les hôpitaux.

Reste qu'il nous faut rétablir le contact avec nos interlocuteurs qui, pour la plupart, ne sont plus joignables. Personne ne sait où se trouve vraiment le gouvernement. Il faut garder à l'esprit que les destructions de bâtiments publics à travers tout le pays vont entraver pendant un certain temps le fonctionnement des autorités.

Courtoisie de Reuter / Luc Gnago
Un poste de police brûlé par les émeutiers dans la capitale Conakry.

Courtoisie de Reuter / Saliou Samb
La population se réunit autour de postes de radio pour entendre les denières nouvelles.


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Copyright © 2007  Comité international de la Croix-Rouge16-02-2007
Rubrique :  Dans le monde > Afrique > Guinée
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